La perte d’autonomie représente aujourd’hui un risque financier majeur pour les ménages français. Avec l’allongement de l’espérance de vie et le vieillissement démographique, près de 1,3 million de personnes étaient reconnues dépendantes en France en 2024. Les coûts associés peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros par mois, entre l’hébergement en établissement spécialisé, l’aide à domicile et les aménagements nécessaires. Face à cette réalité, l’assurance dépendance s’impose comme un dispositif de prévoyance permettant d’anticiper ces dépenses et de protéger son patrimoine familial. Pourtant, seul un Français sur dix a souscrit un tel contrat, souvent par méconnaissance des mécanismes ou des avantages fiscaux associés.

Comprendre la perte d’autonomie et ses conséquences financières sur les ménages français

La dépendance se définit par l’incapacité partielle ou totale d’effectuer seul les actes essentiels de la vie quotidienne. Cette situation peut survenir suite à une maladie neurodégénérative comme Alzheimer, un accident vasculaire cérébral, ou simplement en raison du vieillissement naturel. Selon les projections de la DREES, le nombre de personnes âgées dépendantes pourrait atteindre 2,2 millions en 2050, soit une augmentation de près de 70% par rapport à 2025.

Les conséquences financières de la perte d’autonomie pèsent lourdement sur les budgets familiaux. En 2023, le coût moyen d’un hébergement en EHPAD s’élevait à 1 931 euros par mois pour une chambre habilitée à l’aide sociale. Ce montant dépasse largement le montant moyen de la retraite en France, qui se situe à 1 512 euros net mensuels. Le reste à charge moyen, après déduction de toutes les aides publiques, atteint 1 957 euros par mois. Cette différence crée un déficit structurel que les familles doivent combler, soit en puisant dans leur épargne, soit en sollicitant leurs proches.

L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA), versée par les départements, constitue la principale aide publique. Son montant varie de 798 à 2 045 euros par mois selon le degré de dépendance évalué. Cependant, cette allocation reste conditionnée aux ressources et ne couvre généralement qu’une partie des besoins réels. Les frais d’adaptation du logement, qui peuvent dépasser 10 000 euros pour une salle de bain accessible ou l’installation d’un monte-escalier, ne sont que partiellement pris en charge par les dispositifs publics existants.

Au-delà de l’aspect financier direct, la dépendance génère des coûts indirects considérables. Les aidants familiaux, souvent contraints de réduire leur activité professionnelle, subissent une perte de revenus estimée à plusieurs centaines d’euros mensuels. Cette charge représente également un coût émotionnel et physique important, avec des risques accrus d’épuisement et de problèmes de santé pour les proches accompagnants. Comment alors organiser sereinement sa protection face à ce risque sans compromettre son équilibre budgétaire actuel?

Le mécanisme de l’assurance dépendance : garanties, prestations et modalités de versement

L’assurance dépendance fonctionne selon le principe de la mutualisation des risques. Vous vers

ez une cotisation régulière, en contrepartie de laquelle l’assureur s’engage à vous verser, si la dépendance est reconnue, une rente viagère et/ou un capital. Tant que le risque ne se réalise pas, les cotisations participent à un pot commun, un peu comme dans une caisse de solidarité : chacun contribue, et seuls ceux qui deviennent effectivement dépendants perçoivent des prestations. Cette logique de mutualisation permet de couvrir un risque très coûteux individuellement, mais relativement rare à l’échelle d’une population. Pour bien choisir un contrat d’assurance dépendance, il est donc essentiel de comprendre comment est évaluée la perte d’autonomie, quelles garanties sont prévues et selon quelles modalités la prestation est versée.

La grille AGGIR et les niveaux de dépendance couverts (GIR 1 à GIR 6)

Pour déclencher une garantie dépendance, l’assureur doit d’abord constater un certain niveau de perte d’autonomie. La plupart des contrats s’appuient sur la grille nationale AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources), la même que celle utilisée pour l’attribution de l’APA. Cette grille classe les personnes en six groupes, de GIR 1 (dépendance lourde) à GIR 6 (autonomie complète). Plus le GIR est bas, plus la personne a besoin d’aide au quotidien pour se laver, s’habiller, se déplacer ou s’alimenter.

En pratique, les assurances dépendance couvrent presque toujours au minimum la dépendance totale, qui correspond généralement aux niveaux GIR 1 et GIR 2. Dans ces situations, la personne a besoin d’une assistance permanente pour la quasi-totalité des actes essentiels de la vie quotidienne. Certains contrats étendent la couverture à la dépendance partielle, souvent assimilée aux GIR 3 et GIR 4, lorsque l’aide est nécessaire pour plusieurs actes (par exemple la toilette, l’habillage et les transferts), mais pas en continu 24h/24. Les niveaux GIR 5 et GIR 6, proches de l’autonomie, ne donnent en général pas lieu à indemnisation, même si la personne peut avoir besoin d’une aide ponctuelle.

Au-delà de la grille AGGIR, beaucoup d’assureurs utilisent aussi des critères fondés sur les Actes de la Vie Quotidienne (AVQ) : se lever, se déplacer, faire sa toilette, s’habiller, s’alimenter, parfois aller aux toilettes ou assurer sa continence. Le contrat précise alors à partir de combien d’AVQ non réalisables seul la dépendance est reconnue. C’est un point clé à examiner avant de signer. Un bon réflexe consiste à vérifier si la définition de la dépendance utilisée par l’assureur est cohérente avec celle de l’APA, afin d’éviter des situations où vous seriez reconnu dépendant par le département, mais pas par votre assureur.

Le capital versus la rente mensuelle viagère : deux modes de versement distincts

Une fois la dépendance reconnue, le contrat prévoit le versement d’une rente mensuelle viagère, d’un capital unique, ou d’un mix des deux. La rente viagère est le mode de versement le plus courant : il s’agit d’une somme versée chaque mois, à vie, tant que l’état de dépendance persiste. Ce fonctionnement est particulièrement adapté aux dépenses récurrentes (aide à domicile, complément pour un EHPAD, frais de transport, petits équipements). Vous choisissez généralement à la souscription le montant cible de la rente (par exemple 500 €, 1 000 € ou 1 500 € par mois en dépendance totale), ce qui permet d’ajuster la protection à votre budget.

Le capital dépendance, lui, est une somme versée en une seule fois dès la reconnaissance de la perte d’autonomie. Il sert souvent à financer les premiers coûts lourds : adaptation de la salle de bain, installation d’un monte-escalier, achat d’un lit médicalisé ou d’un fauteuil roulant, déménagement vers un logement plus accessible. Certains contrats prévoient aussi un capital équipement ou un capital aménagement distinct, d’un montant plus modéré, spécifiquement affecté à ces travaux. On peut comparer la rente et le capital à deux « outils » complémentaires : la rente sécurise le flux mensuel, le capital absorbe les « chocs » financiers ponctuels.

Faut-il privilégier la rente ou le capital pour couvrir la dépendance ? Pour la plupart des ménages, une rente viagère suffisamment dimensionnée reste l’option la plus logique, car la dépendance génère surtout des dépenses régulières dans la durée. Un capital ponctuel peut toutefois s’avérer précieux si vous anticipez des travaux structurants dans votre logement. Dans l’idéal, lorsque le budget le permet, combiner une rente mensuelle et un capital d’adaptation offre un niveau de protection plus complet.

Les délais de carence et les périodes d’attente avant indemnisation

Contrairement à une idée reçue, une assurance dépendance ne vous couvre pas nécessairement dès le lendemain de la souscription. La plupart des contrats prévoient un délai de carence, aussi appelé délai d’attente, pendant lequel la garantie ne s’applique pas si un état de dépendance survient (hors accident dans de nombreux cas). Cette période varie en général de 12 à 36 mois selon la cause de la perte d’autonomie : elle est souvent plus courte pour la dépendance d’origine physique (accident, chute) et plus longue pour la dépendance psychique (maladie d’Alzheimer, démences).

À ce délai de carence s’ajoute fréquemment un délai de franchise, c’est-à-dire le laps de temps entre la reconnaissance médicale de la dépendance et le premier versement de la rente. Il est généralement compris entre 30 et 90 jours. Vous pouvez assimiler la franchise à une « participation temporelle » de votre part : pendant ces quelques mois, les dépenses restent à votre charge ou à celle de vos proches, avant que l’assureur ne prenne le relais. Plus la franchise est courte, plus le contrat est protecteur, mais plus la cotisation est élevée.

Pour éviter les mauvaises surprises, il est donc crucial de repérer trois éléments dans les conditions générales : la durée du délai de carence, les situations dans lesquelles il ne s’applique pas (par exemple en cas d’accident) et le délai de franchise avant indemnisation. Un contrat attractif sur le papier, mais assorti d’une carence longue et d’une franchise importante, peut finalement se révéler peu adapté si vous recherchez une protection rapidement mobilisable.

La clause de rachat et la récupération partielle des cotisations versées

Un reproche fréquent fait à l’assurance dépendance « pure » concerne le caractère à fonds perdus des cotisations : si vous restez autonome toute votre vie, vous ne percevez aucune prestation. Pour répondre à cette réserve, certains contrats intègrent une clause de rachat ou des mécanismes de maintien des droits. Concrètement, après un certain nombre d’années de cotisations (par exemple 5, 10 ou 15 ans), vous pouvez cesser de payer les primes tout en conservant une garantie réduite, ou récupérer une partie de la valeur de votre contrat sous forme de capital.

Cette possibilité de rachat reste toutefois encadrée et varie beaucoup d’un assureur à l’autre. Dans certains contrats, le rachat entraîne la perte de la couverture dépendance mais donne droit à un capital correspondant à une fraction des cotisations versées. Dans d’autres, une garantie « payée d’avance » est mise en place : vous ne cotisez plus, mais en cas de dépendance ultérieure, une rente plus faible que celle initialement prévue vous sera versée. Cette mécanique se rapproche de la notion de valeur de réduction que l’on retrouve en assurance-vie.

Avant de souscrire, vous avez donc intérêt à vous poser cette question simple : « Que se passe-t-il si, pour une raison ou une autre, je dois arrêter de payer mes cotisations dans quelques années ? ». Un contrat prévoyant un maintien partiel des garanties, ou une possibilité de rachat encadrée, apporte une flexibilité appréciable, notamment si votre situation financière évolue ou si vous souhaitez réorganiser votre stratégie de prévoyance à l’approche de la retraite.

Assurance dépendance vs épargne personnelle : analyse comparative des solutions de prévoyance

Face au risque de perte d’autonomie, vous pouvez hésiter entre souscrire une assurance dépendance et constituer une épargne personnelle (livrets, assurance-vie, PEA, PER, etc.). Ces deux approches ne répondent pourtant pas tout à fait de la même manière à la problématique. L’assurance dépendance repose sur la mutualisation : vos cotisations servent à financer ceux qui deviennent effectivement dépendants, en échange d’un engagement de versement potentiellement très élevé par rapport aux primes versées. L’épargne, elle, reste votre propriété : vous la conservez si le risque ne se réalise jamais, mais vous êtes seul à faire face si la dépendance arrive plus tôt que prévu.

Imaginez deux scénarios : dans le premier, vous mettez de côté 100 € par mois sur un support d’épargne ; dans le second, vous versez ces 100 € dans un contrat de dépendance qui pourrait vous verser, à terme, 1 000 € par mois à vie en cas de perte d’autonomie. Si la dépendance survient dans 10 ou 15 ans, l’épargne accumulée sera peut-être insuffisante pour financer plusieurs années de frais élevés. L’assurance, grâce à la mutualisation, peut alors jouer un « effet de levier » significatif. En revanche, si vous restez autonome jusqu’à un âge très avancé, l’épargne aura l’avantage d’être disponible pour d’autres projets ou transmissible à vos héritiers.

Une autre différence majeure réside dans la prévisibilité du budget. L’épargne personnelle demande une grande discipline et peut être entamée pour d’autres besoins (aide à un enfant, achat immobilier, coup dur). L’assurance dépendance, elle, impose un cadre : une cotisation régulière, parfois revalorisée, en échange d’un droit clairement défini. L’idéal, pour de nombreux ménages, consiste à combiner les deux approches : une épargne de précaution souple et disponible, et un contrat dépendance calibré pour couvrir le « reste à charge » structurel en cas de perte d’autonomie prolongée.

Enfin, il ne faut pas oublier l’aspect psychologique et familial. Disposer d’une assurance dépendance peut rassurer vos proches et limiter la pression financière future sur vos enfants ou votre conjoint. À l’inverse, une épargne importante peut être rapidement consommée si la dépendance dure plusieurs années, laissant un patrimoine réduit pour la transmission. Se poser la question de ses priorités (protection de soi, maintien du niveau de vie, transmission) est donc indispensable pour arbitrer entre assurance dépendance et simple épargne personnelle.

Les contrats stand-alone et les garanties dépendance adossées à l’assurance-vie

Les contrats autonomes dépendance : fonctionnement et spécificités contractuelles

Les contrats stand-alone, ou contrats autonomes de dépendance, sont des produits de prévoyance « purs » dont l’unique objet est de couvrir le risque de perte d’autonomie. Vous versez des cotisations régulières (mensuelles, trimestrielles ou annuelles), généralement à fonds perdus, et le contrat prévoit en contrepartie une rente viagère et/ou un capital en cas de dépendance totale, éventuellement complétés en cas de dépendance partielle. Cette structure permet une grande lisibilité : toutes les primes sont affectées à la couverture du risque, sans composante d’épargne.

Ces contrats prévoient souvent un large panel de services d’assistance : aide à la recherche d’un établissement adapté, mise en relation avec des services d’aide à domicile, soutien psychologique pour les aidants, assistance administrative, voire bilan d’ergothérapie à domicile pour adapter le logement. Certains bénéficient du label GAD Assurance Dépendance, qui impose un socle commun de garanties (définition harmonisée de la dépendance lourde, rente minimale de 500 €/mois, absence de sélection médicale avant 50 ans, revalorisation contractuellement encadrée, maintien partiel des droits en cas d’arrêt des cotisations, etc.).

Les spécificités contractuelles à analyser avec soin concernent notamment : le type de dépendance couvert (totale seule ou totale et partielle), les critères médicaux d’évaluation, l’existence d’un délai de carence et d’une franchise, les modalités de revalorisation des cotisations et de la rente, ainsi que les exclusions (certaines pathologies psychiatriques, maladies préexistantes, démences précoces). Un contrat stand-alone bien choisi offre une protection ciblée, mais suppose d’accepter le principe de mutualisation : si le risque ne survient pas, aucune prestation ne sera versée.

Les options dépendance intégrées aux contrats multisupports et en euros

À côté des contrats autonomes, de nombreuses compagnies proposent des garanties dépendance adossées à un contrat d’assurance-vie (fonds en euros ou multisupports). Dans ce schéma, vous disposez d’un support d’épargne principal, destiné à préparer des projets ou à transmettre un capital, auquel vous ajoutez une option de prévoyance dépendance. En cas de perte d’autonomie, une partie du capital accumulé peut être convertie en rente, ou un capital complémentaire peut être versé selon les modalités prévues.

Ce type de solution présente un avantage psychologique évident : vous n’avez pas l’impression de « perdre » vos cotisations, puisque l’essentiel de vos versements alimente une épargne qui reste disponible ou transmissible si la dépendance ne survient jamais. En contrepartie, la couverture dépendance est parfois moins généreuse qu’avec un contrat stand-alone, car elle est limitée par le capital accumulé sur le contrat d’assurance-vie. Autrement dit, si votre épargne est insuffisante, la rente que vous pourrez activer en cas de dépendance restera modeste.

Ces options dépendance peuvent aussi être intégrées à des contrats multisupports (combinant fonds en euros et unités de compte) ou à des produits d’épargne retraite (PER, contrats Madelin retraite). La mécanique est alors proche : en cas de perte d’autonomie avant ou après la retraite, la rente peut être activée de manière anticipée ou majorée. Pour savoir si cette solution vous convient, posez-vous la question suivante : « Mon objectif principal est-il de me protéger contre la dépendance, ou de constituer avant tout un capital d’épargne ? ». Si la priorité est clairement la prévoyance, un contrat stand-alone bien calibré sera souvent plus efficace.

La mutualisation du risque versus la constitution d’une provision mathématique

Derrière ces différents contrats se cachent deux logiques techniques distinctes : la mutualisation pure du risque, et la constitution d’une provision mathématique. Les contrats stand-alone de dépendance reposent principalement sur la mutualisation : les cotisations de tous les assurés servent à financer les prestations de ceux qui deviennent dépendants. L’assureur fixe ses tarifs en fonction des statistiques de survenance de la dépendance et des montants de rente prévus, en veillant à l’équilibre global du portefeuille. Il ne constitue pas, pour chaque assuré, un « capital individuel » à restituer.

Les garanties dépendance adossées à des contrats d’assurance-vie ou d’épargne retraite, en revanche, s’apparentent davantage à la constitution d’une provision mathématique. Une partie de vos versements est affectée à un engagement à long terme, calculé en fonction de tables de mortalité et de dépendance, de taux d’actualisation et de charges de gestion. On se rapproche alors du fonctionnement d’une rente viagère classique : le capital accumulé sert de base de calcul à la prestation future. L’effort consenti n’est donc plus mutualisé de la même façon, et le niveau de protection dépend largement du montant que vous aurez été en mesure d’épargner.

Pour simplifier, on pourrait comparer la mutualisation du risque à un « abonnement collectif » à une protection élevée, et la provision mathématique à un « compte épargne » dédié à un risque précis. Dans la pratique, beaucoup de stratégies patrimoniales combinent les deux : un socle d’assurance dépendance stand-alone pour sécuriser un niveau de rente minimal, et une épargne long terme qui pourra, si besoin, être mobilisée pour compléter les prestations ou financer des aménagements plus importants.

Le cadre fiscal de l’assurance dépendance : déductibilité et régime des prestations

La déduction des cotisations du revenu imposable selon l’article 83-2° du CGI

Sur le plan fiscal, les contrats d’assurance dépendance peuvent bénéficier d’un cadre avantageux, en particulier lorsqu’ils sont souscrits dans un contexte collectif (via l’employeur) ou professionnel (travailleurs non-salariés). L’article 83-2° du Code général des impôts prévoit en effet la possibilité de déduire de votre revenu imposable certaines cotisations de prévoyance, incluant parfois la garantie dépendance, lorsqu’elles sont versées dans le cadre d’un régime collectif et obligatoire. Dans ce cas, la cotisation est généralement prise en charge en tout ou partie par l’employeur et ne constitue pas un avantage imposable pour le salarié.

Pour les contrats individuels, la déductibilité des cotisations dépend de la qualification fiscale du produit et de votre statut. En règle générale, les cotisations d’une assurance dépendance « pure » souscrite à titre personnel ne sont pas déductibles du revenu imposable pour un salarié, mais elles peuvent l’être dans le cadre de certains régimes spécifiques (contrats Madelin pour les indépendants par exemple). Il est donc indispensable de vérifier, avec votre conseiller ou votre expert-comptable, le traitement fiscal précis du contrat que vous envisagez de souscrire.

Même en l’absence de déduction des cotisations, le cadre fiscal de la dépendance reste intéressant du fait du régime favorable des prestations versées en cas de perte d’autonomie. Cet avantage s’apprécie surtout sur le long terme : une rente dépendance nette d’impôt permet de financer des dépenses importantes sans alourdir votre imposition, ce qui n’est pas le cas de toutes les formes de revenus.

L’exonération fiscale et sociale des rentes perçues en cas de dépendance avérée

La principale particularité de l’assurance dépendance tient au régime fiscal très favorable des rentes versées en cas de dépendance avérée. En France, les rentes correspondant à des garanties spécifiques de dépendance, versées en cas de perte d’autonomie reconnue, bénéficient le plus souvent d’une exonération d’impôt sur le revenu. Autrement dit, la rente que vous percevez pour financer un EHPAD, une aide à domicile ou des aménagements du logement n’augmente pas votre revenu fiscal de référence.

Sur le plan social, ces rentes sont également exonérées de la plupart des prélèvements sociaux applicables aux pensions (CSG, CRDS, CASA), dès lors qu’elles ne sont pas assimilées à une retraite classique mais à une prestation d’assurance liée à un état de dépendance. Ce traitement les distingue des rentes viagères à titre onéreux issues d’un contrat d’assurance-vie, qui, elles, sont partiellement imposables et soumises aux prélèvements sociaux sur une fraction de leur montant.

Concrètement, cela signifie que chaque euro de rente dépendance perçu est un euro utilisable pour financer vos besoins, sans ponction fiscale. Dans un contexte où les dépenses mensuelles de dépendance peuvent aisément dépasser 2 000 € de reste à charge, cette exonération représente un atout majeur. Elle vient en complément des dispositifs d’allègement fiscal existants (réductions ou crédits d’impôt pour l’emploi d’une aide à domicile, aménagement du logement, etc.), créant ainsi un environnement globalement favorable à la prise en charge de la perte d’autonomie.

Le traitement spécifique des contrats madelin pour les travailleurs non-salariés

Pour les travailleurs non-salariés (TNS) – indépendants, professions libérales, dirigeants non assimilés salariés – l’assurance dépendance peut s’intégrer dans le cadre des contrats Madelin. Ces derniers ont pour objectif d’encourager la constitution d’une protection sociale complémentaire (retraite, prévoyance, santé) en permettant la déduction des cotisations du bénéfice imposable, dans certaines limites fixées par la loi. La garantie dépendance fait partie des risques de prévoyance éligibles au dispositif Madelin.

Concrètement, les cotisations versées au titre d’un contrat Madelin incluant une garantie dépendance viennent en déduction de votre revenu professionnel, réduisant ainsi votre impôt sur le revenu. En contrepartie, les prestations servies (rente notamment) peuvent être soumises à un régime fiscal spécifique, proche de celui des rentes de retraite complémentaire. Il convient donc de bien analyser la contrepartie fiscale à long terme : l’économie d’impôt aujourd’hui, contre une éventuelle imposition partielle des rentes demain, même si ces dernières bénéficient souvent d’un cadre plus favorable lorsqu’elles sont directement liées à un état de dépendance.

Pour un TNS, l’arbitrage entre un contrat Madelin intégrant la dépendance et un contrat individuel classique dépendra de plusieurs paramètres : niveau de revenu, taux marginal d’imposition, horizon de temps, besoin de souplesse et d’épargne, priorité donnée à la protection immédiate ou à la constitution d’un capital. Là encore, l’accompagnement d’un professionnel (conseiller en gestion de patrimoine, expert-comptable) est recommandé pour optimiser l’articulation entre fiscalité, prévoyance et stratégie patrimoniale globale.

Souscrire au bon moment : tarification selon l’âge et état de santé du souscripteur

La tarification d’une assurance dépendance repose principalement sur deux facteurs : votre âge à la souscription et votre état de santé. Plus vous souscrivez tôt, plus la probabilité statistique que la dépendance survienne pendant une longue période de cotisation est faible, et plus la prime mensuelle est abordable. À l’inverse, une souscription tardive, au-delà de 70 ans par exemple, entraîne des cotisations nettement plus élevées, voire un refus d’adhésion selon les compagnies. La plupart des assureurs fixent d’ailleurs une limite d’âge, souvent comprise entre 75 et 80 ans, au-delà de laquelle il n’est plus possible d’entrer dans un contrat dépendance.

Dans la majorité des cas, l’assureur vous demandera de remplir une déclaration d’état de santé ou un questionnaire médical, surtout si vous souscrivez après 50 ans ou si vous optez pour une rente élevée. Certaines pathologies (démences débutantes, maladies neurodégénératives, invalidité préexistante) peuvent conduire à une exclusion de garantie, à une surprime, ou à un refus pur et simple. À l’inverse, les contrats labellisés GAD prévoient souvent l’absence de sélection médicale avant 50 ans, sauf affection de longue durée (ALD) ou invalidité déjà connue, ce qui facilite une souscription précoce.

À quel âge est-il pertinent de souscrire une assurance dépendance ? Beaucoup d’experts considèrent que la fenêtre idéale se situe entre 55 et 65 ans. Avant 50 ans, la dépendance paraît lointaine et la priorité va souvent à d’autres projets (achat immobilier, études des enfants). Après 70 ans, le coût devient plus dissuasif et les conditions d’acceptation se resserrent. En vous assurant autour de 60 ans, vous bénéficiez généralement d’un bon compromis entre cotisation maîtrisée, probabilité de sélection favorable et durée de couverture suffisante par rapport à l’âge moyen d’entrée en dépendance (environ 83 ans en France).

Au-delà de l’âge, il est important d’adapter le montant de la rente à votre situation patrimoniale et à vos objectifs. Si vous disposez déjà d’un patrimoine important, une rente plus modérée pourra venir en complément de vos revenus et de vos aides publiques. À l’inverse, si vos revenus futurs risquent d’être limités, une rente plus élevée pourra sécuriser votre capacité à financer un EHPAD ou une aide à domicile sans mettre en péril l’équilibre financier de vos proches. Prendre le temps de simuler différents scénarios (niveau de dépendance, type d’hébergement, reste à charge) vous aidera à calibrer efficacement votre contrat et à souscrire au bon moment, dans de bonnes conditions tarifaires.